Champions d'ici, fils d'ailleurs


"Celui qui pense que la victoire ne compte pas ne gagnera jamais rien" disait le grand Pelé, ambassadeur du football brésilien, chantre du beau jeu. A l'évidence, l'équipe de France a fait sienne cette devise pour offrir au pays sa deuxième étoile, quitte à sacrifier le panache. Mais qu'importe le flacon, l'ivresse était au rendez-vous. Malheureusement, la gueule de bois est d'une amertume bien nauséabonde. Cette coupe du monde 2018 s'est achevée sur quelques tristes notes où les blanches font des croches aux noires.

 

La France et le continent africain champions du monde

La partition jouée par l'équipe de France n'a pas fait rêver les amateurs du beau football mais il est clair qu'en atteignant la Graal, elle a fait preuve d'une efficacité à faire pâlir toutes celles qui s'étaient faites éliminer auparavant. A partir de là, rien d'étonnant avant la finale d'entendre et lire dans la presse des remarques que nous aurions pu penser être des entreprises de déstabilisation. A ceci prêt que le sujet invoqué s'appuyant sur les origines ethniques des joueurs de l'équipe de France était bien éloigné de la question sportive. Ainsi avant la finale, les réseaux sociaux faisaient la part belle aux propos d'Igor Stimac, ancien joueur croate de la demi-finale de 1998, qui déclarait que son pays affrontait la France et le continent africain en finale de la Coupe du monde 2018.

Des photos du groupe France circulaient alors sur le net avec les visages des joueurs et les drapeaux des nationalités représentées. Griezman franco-portugais, Mbappé mi algérien mi camerounais, Lloris espagnol etc... Seul Pavard affichait une AOP 100 % gauloise.

La polémique loin de disparaitre avec la victoire et la fin de la Coupe du monde a pris une ampleur inattendue, y compris en France chez les détracteurs de cette équipe de football qui vient de prouver qu'elle est la meilleure des nations. Ce sport déchainant les passions planétaires est bien plus qu'une activité physique. Au-delà d'une religion, il est un pan de la société qu'il contribue à façonner. Il construit le vivre ensemble le temps d'une compétition, tout comme il peut démolir la cohésion sociale en appuyant là où ça fait mal, levant le voile sur quelques secrets de famille. Les débats autour des origines des joueurs ont ouvert la brèche de la sempiternelle question de l'intégration et des rapports que la France entretient depuis toujours avec son immigration.

La fin de la candeur politique

Le slogan de Nicolas SARKOZY a vécu. "La France, tu l'aimes ou tu la quittes" ne suffit plus à expliquer le désamour qu'une partie de la population éprouve à l'encontre de joueurs qui chantent désormais la Marseillaise à tue-tête. Ils crient sur Instagram et Twitter qu'ils sont patriotes plus que de raisons. Pourtant rien n'y fait. Et qu'attendre de ces jeunes sportifs de moins de 30 ans pour la plupart pour qui l'ont remet en cause sans cesse leur "francité" ? Savent-ils au moins ce qui leur est reproché ? Comprennent-ils qu'en répondant à ces attaques, ils alimentent le venin et la polémique ? Ont-ils conscience que pour une fois, ils sont devenus les frères d'armes de ces fils de Maliens qui font la plonge dans les cuisines des restaurants du 4ème arrondissement de Paris ?

De la même manière, l'idée d'une France forte de sa diversité semble avoir du plomb dans l'aile. Les Blacks, Blancs, Beurs de 1998 s'en sont allés avec le 21ème siècle, quelques émeutes de banlieues et les attentats depuis 2015. On sait désormais à quel point ces discours sur la capacité de la nation à intégrer "les fils de" sont fragiles. La récupération politique du succès des Bleus (foncés) n'est plus aussi aisée que par le passé.

Le match des opportunismes

Que retenir de ces étranges propos sur ces joueurs devenus le temps d'une épreuve nos pseudo étrangers ? 

Tout d'abords que cette polémique venue de Croatie, et encore alimentée par nos voisins italiens, tacle la France sur sa fameuse politique d'intégration qu'elle a longtemps érigée comme un modèle. Notre jeune et dynamique Président de la République en a sans doute irrité plus d'un à la table de l'Europe avec ses discours relatifs à l'immigration pourtant bien loin de ses actes (n'est-ce pas M. Collomb ?). Ironie de l'histoire, ce succès footballistique ne vient-il pas rappeler que la France fut en son temps l'un des principaux acteurs du commerce triangulaire ? Ou encore que l'ombre des affaires du "système" France - Afrique pèse encore et toujours sur le pays comme un boulet diplomatique ?

De façon plus pragmatique, cette agitation européenne témoigne sans aucun doute de la vivacité des groupes et des thèses extrémistes au sein du vieux continent. Toutes les occasions sont bonnes pour les partis d'extrème droite de faire parler d'eux en vue de la préparation des prochaines élections européennes de 2019. Plus que jamais, nous nous devons de rester attentifs à ne pas nous embourber sur ces sujets qui n'en sont pas, et qui masquent des débats bien plus fondamentaux sur l'avenir de l'Union européenne.

Deuxième enseignement et non des moindre, les joueurs de l'équipe de France de football ont tous une carte d'identité française, réalité administrative qui met un point final à ce débat stérile. Leur présence dans l'équipe nationale est - en tout cas les concernant - une preuve de la réussite de la logique d'intégration de notre société plurielle. Aucun n'a été naturalisé à la veille de la compétition pour pouvoir assurer son poste sur le terrain. Faut-il rappeler qu'à ce petit jeu, Diego Costa joueur de la sélection espagnole, ou encore Pépé, défenseur portugais sont nés brésiliens ? Mais l'Amérique latine n'est pas l'Afrique. 

José Da Silva

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