Les manifestants forcent Gazay à négocier

Mercredi 9 décembre, l’envahissement du Comité technique permet la reprise des discussions. Après l’ouverture des négociations les salariés en grève décident en fin d’après-midi la reprise du travail. La mobilisation contre la privatisation se poursuivra sous d’autres formes.

Il aura donc fallu 17 jours d’un conflit social inédit à Aubagne pour que salariés en grève, parents d’élève en colère, élus d'opposition, Aubagnais engagés dans la défense du service public obtiennent que la municipalité reprenne enfin les discussions sur la privatisation de la restauration municipale. En fin d'après-midi, après la décision de la reprise du travail prise en assemblée générale, un gréviste dit sa « fierté d’avoir participé avec mes collègues à un mouvement exemplaire. On a enfin su se faire entendre, les choses ne seront plus pareilles à la Ville. », une autre nous explique « Bien sûr on souhaite le retrait pur et simple de la privatisation, on ne l’a pas obtenu. Mais la création de cette commission, avec les parents d’élève, les enseignants… va nous permettre de faire la démonstration que la Sodexo n’est pas une solution pour les enfants. Le Maire sera obligé d’en tenir compte », une autre de renchérir « On sait que d’autres services sont menacés d’être privatisés. J’espère que Gazay se méfiera maintenant avant de nous imposer ses mauvais coups. »

Comment en est-on arrivé à la reprise du travail ? Retour sur un mercredi bien agité.

Un CTP envahi

L’intersyndicale, les parents d’élève en colère avaient prévenu, le mercredi 9 décembre serait un jour de forte mobilisation. Pari réussi dès 8 h 30, environ 400 Aubagnaises et Aubagnais sont rassemblés sur l’esplanade Guy-Môquet devant l’Espace des Libertés. Salariés en grève (de nombreux services municipaux resteront complètement fermés toute la journée), parents d’élèves en colère rejoints par nombre de citoyens attendent le début du Comité Technique Paritaire. Cet organisme doit donner son avis sur le projet de privatisation. Même si le Maire n’a pas l’obligation d’en tenir compte c’est une occasion pour les représentants du personnel et les élus d’opposition de réaffirmer leur refus de la privatisation.

S’engage alors un drôle de ballet, Jean-Jacques Maly, responsable CGT, fait des allers-retours entre la salle Simone Veil, où se tient la réunion, et l’esplanade où patientent les manifestants. Rapidement, il apparait que le Maire refuse une nouvelle fois d’ouvrir des discussions sur le fond. La foule décide alors de forcer la décision et d’envahir pacifiquement la réunion. C'est sous le regard médusé et courroucé des élus de la majorité et amusé des représentants du personnel et des élus d’opposition que tranquillement, au cri de « négociations, négociation » les manifestants s’invitent au CTP. La caméra de France 3 n’en ratera pas une miette. (le JT de France 3 à regarder à partir de 5 minutes et 20 secondes)

Petit moment de flottement chez le Maire, les manifestants en profitent pour subtiliser le micro, et salariés en grève comme parents d’élève d'intervenir pour réclamer l’ouverture de véritables discussions. Le Maire finit par céder et s’isole un long moment avec les organisations syndicales.

Ultime coup de pression une trentaine de policiers débarquent de Marseille et se positionnent aux abords de l’Espace des Libertés. Chez les manifestants l’écœurement est à son comble, un papa nous confie interloqué « Je ne suis ni un voyou, ni un terroriste. Je veux juste dialoguer avec le Maire de ma ville ! Et sa seule réponse c’est de nous envoyer la Police ?»

Au bout d’une bonne heure de discussion, la raison finira par l’emporter. Jean-Jacques Maly, pour la CGT, peut annoncer (voir la vidéo ici) la création d’une commission, qui sera mise en place avant le Conseil municipal du 15 décembre, composée d’élus, de salariés, de parents d’élèves, d’enseignants... afin de travailler le dossier au fond. Même si chez certains la confiance n’est pas encore de mise « Le Maire nous a déjà menti plusieurs fois, je ne sais pas si on peut le croire. », la plupart choisissent de faire le pari du dialogue et de la raison « On va faire la démonstration que la privatisation c’est la pire des solutions. Et on va travailler pour améliorer le service rendu par la Cuisine centrale. »

Les manifestants quittent alors la salle et laissent le CTP reprendre son cours. Un avis défavorable sera donné sur la privatisation (représentants du personnel et élus d’opposition étant majoritaires au sein de cet organisme).

La reprise du travail décidée en fin d'après-midi

Le dernier acte de cette mémorable journée se tiendra l’après-midi même dans et devant l’Hôtel de Ville. La porte du dialogue étant entrebâillée, l’intersyndicale s’y engouffre et part négocier un protocole de sortie de grève. Après trois heures d’âpres discussions, un accord est trouvé : création de la commission sur l’avenir de la restauration municipale avant le 15 décembre, titularisation des emplois d'avenir, examen de la situation des CDD, en particulier des plus anciens, retrait de la plainte contre le secrétaire de la CGT, étalement du paiement des jours de grève, garantie sur la reprise du dialogue social (au point mort depuis 18 mois), garantie d’un dialogue préalable avant d’éventuelles nouvelles privatisations…

« Ce qui change vraiment, nous explique un syndicaliste, c’est le rapport de forces. Notre mouvement, notre détermination font que désormais ils nous regardent autrement. Ca va compter dans les mois qui viennent. »

L’assemblée générale décide donc la reprise du travail et la poursuite du combat contre la privatisation. Les mobilisations communes avec les parents d’élève, les enseignants, les Aubagnais attachés au service public local vont se poursuivre avec comme point d’orgue le Conseil municipal du 15 décembre ou pour l'instant la privatisation de la Cuisine centrale est toujours à l'ordre du jour.

Gabi Monnier

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