Engagements pris, engagements non tenus - Culture : la fin du faire ensemble

bilan gazay 06

On pourrait revenir sur la fermeture de la MJC, la disparition du Festival des arts singuliers, l'élimination de la programmation des rendez-vous Chaud dehors et des Arts de la rue, l'exclusion du Pôle Artistique et Culturel du paysage local. Plus généralement la chute vertigineuse des budgets des services culturels de la ville  - plus de 35 % - et ses conséquences : suppression des programmations au théâtre pour les collèges et lycées, réduction considérable des actions de médiation, anesthésie du lien entre les services de la ville  - Qui faisaient entre autre, souvent, des maisons de quartiers les relais d' une culture de proximité - diminution considérable aussi des aides aux créations locales... Arrêtons ici la liste.

Cela pourrait suffire à démontrer que la culture, du moins une culture vivante et dynamique, qui s'appuyait souvent sur les forces vives de la ville n'est plus l'affaire de la municipalité. 

Mais soyons justes, on a conservé nombre de projets qui existaient déjà. Non pas par conviction  mais parce que des responsables culturels se sont démenés pour éviter leur disparition. Il n'en reste malheureusement que des échantillons ; il y a un peu de tout, comme avant, mais sans volonté de développer ni d'y intéresser les publics les plus éloignés, ce qui était une constante auparavant.

La politique culturelle de la municipalité est surtout une politique de l'affichage, une politique qui veut de la - photo de presse - et qui n'a que faire de l'effort du service public et de ses agents recherchant toujours de l'authenticité, de la sincérité et de la perspective dans les actions entreprises.

Plus grave, en découvrant que l'art et la création artistique étaient autre chose que de l'entre-soi, mais possédaient un langage propre qui peut contredire la toute puissance de la parole politique, les élus ont mis la culture en liberté surveillée. C'est ainsi que l'un d'entre eux a pu dire un jour : «  Nous serons très vigilants sur le contenu des programmations ». Vous comprendrez aisément pourquoi le festival d'art singulier n'existe plus. La censure est passée par là. Point de salut pour ce qui parle trop : Bein oui messieurs dames, l'art ça parle et ça dénonce, ça provoque et interpelle aussi, c'est fait pour ça. Comment pouvez-vous vous autoriser à priver les Aubagnais du droit à l'accès à toutes ses formes d'expression ? ».

Bon, que nous raconte le bilan publié dans une brochure distribuée intitulée  Engagements pris. Engagements tenus. A la page 56  titrée : une ville de culture(s) on ne fait que répertorier beaucoup d'actions qui existaient déjà. Certes sous d'autres appellations mais dans les mêmes thématiques.

Voyons ça de plus près : 

- Aubagne capitale 2015 Marcel Pagnol et ses déclinaisons annuelles ? Rappelons nous 1995 et l'anniversaire des 100 ans de la naissance de l'académicien. Une initiative qui avait bien plus d'ambition que la journée - Paille, chevaux et coiffes d'autrefois - qui occupe le cours Foch tous les 28 février - Au demeurant une journée rebaptisée Aubagne 1895, organisée un peu plus tard dans la saison, mais du même tonneau -

- Le centre d'arts des pénitents ? Hé, ho ! Qui a développé dès l'origine le concept de médiation culturelle à partir de l'art contemporain ? Qui a accueilli l'exposition Picasso ? Qui a ancré ce lieu dans la diffusion de l'art contemporain ?

- Photologie ? Vous souvenez-vous d'Aubagne en vue ? Vous souvenez-vous des Expositions de l'association Alphée à la défunte MJC ?

- L'Institut international des musiques du monde ? Bravo pour le travail de cette association qui développe de façon permanente - sans les moyens à la hauteur des ambitions - cette musique, mais vous souvenez-vous, là-aussi, des programmations régulières des musiques du monde au théâtre ou à la défunte MJC ?

- Les nuits Flamencas ? Allez, rendons à Gérard ce appartient à Gérard. Voilà le seul événement culturel créé par la municipalité. Mais quand même, ce qui est amusant est de découvrir que les valeurs de la municipalité d'avant 2014, la gratuité par exemple, a réussi a contaminer malgré tout les projets de l'équipe en place ; après «l'entre-soi» du Parc Jean-Moulin, les Nuits Flamencas sont désormais d'accès gratuit et en centre-ville. Tant mieux. Mais franchement il y a de quoi sourire du manque de repères et d'imagination d'une équipe qui après avoir boudé ce qui se faisait avant elle lui découvre des vertus, le réinvestit et fait comme si c'est elle qui avait tout inventé.

Voyons, que reste-t-il des - Engagements pris - et des - Réalisations ténues - ? Ah oui, le patrimoine et le santon. Tout ce qui ne bouge pas : un musée international de la céramique et du santon, la plus grande crèche du monde  - Là-aussi pour la photo mais dans le guiness des records cette fois-ci -

Bref, tout le contraire d'une politique culturelle ouverte, vivante et capable, par exemple, de rassembler des dizaines d'artistes locaux dans des aventures de création exigeantes. Une politique culturelle  au cœur d'un projet municipal original où le - faire ensemble -  était la plus-value permettant de dépasser le simple rapport de consommation entre une population et une offre culturelle. Le pari de l'intelligence collective et sa capacité à transformer, à partir de l'action culturelle et à l'échelle d'un territoire, les rapports sociaux, dans le but de faire, ici, un pas vers plus d'humanité.

Désormais le label Ville de culture(s) de la municipalité, son ADN,  c'est la patrimonialisation et la santonnification des Aubagnais, condamnés  aux farandoles et au tutupanpan indigestes, aux crèches vivantes, aux courses de garçons de café, aux carrés d'art prétentieux, aux festivals du rire douteux, aux vieilles autos et aux chapiteaux gastronomiques pour élus qui ne reconnaissent plus personne dans le vrombissement des concentrations de Harley Davidson.

Robin des Aires

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